Eel Energy passe à la vitesse supérieure

Cinq ans après avoir lancé son premier prototype, la société boulonnaise Eel Energy a franchi une série d’étapes déterminantes pour l’avenir de son hydrolienne de nouvelle génération. Inspirée de la nage des anguilles (eels, en anglais), cette drôle de membrane ondulante sera bientôt testée en mer, à échelle et en conditions réelles.

Observer le vivant pour développer une technologie : depuis le temps où Léonard de Vinci s’inspirait du vol des oiseaux pour tracer ses dessins de machines volantes, le biomimétisme s’est imposé comme une source majeure d’innovation dans tous les domaines. Et contrairement aux projets du génie italien, la méthode débouche sur des applications bien réelles : en témoignent les avancées réalisées par Eel Energy, l’entreprise boulonnaise fondée fin 2011 Jean-Baptiste Drevet, un dirigeant bien décidé à transformer le courant marin en courant… électrique.

D’un courant à l’autre

L’idée ? Simple comme bonjour sur le papier : imiter les mouvements d’un poisson, l’anguille en l’occurrence, pour concevoir une hydrolienne dont la membrane en caoutchouc ondule au gré des mouvements de l’eau comme le corps des anguilles qu’elle copie. De quoi produire de l’énergie verte ou plutôt bleue, grâce à une série de convertisseurs électromagnétiques capables de transformer un mouvement mécanique en électricité. « Après tout, les poissons n’ont pas d’hélice », s’amuse le dirigeant. Lequel ne cesse de vanter les mérites d’une énergie hydraulique non seulement renouvelable, mais prédictible, contrairement au solaire ou à l’éolien. Autre atout, son impact neutre sur la faune et la flore : les poissons ne risquent pas de passer à travers une hélice inexistante, et les mollusques ne pourront pas s’accrocher au caoutchouc de la membrane, spécialement développé pour éviter qu’ils ne viennent alourdir la structure. Aucune pollution sonore ou visuelle n’est à craindre non plus, la membrane étant installée à quelques mètres de profondeur.

Brevetée au niveau mondial, l’invention laisse surtout envisager des performances bien supérieures à celles des hydroliennes classiques. Les essais menés sur des prototypes à l‘échelle 1/6e, dans les bassins de l’IFREMER à Cherbourg, se sont révélés plus que probants. Deux fois plus efficace et quatre fois plus légère qu’une hélice à encombrement équivalent, la forme particulière de  l’hydrolienne made in Boulogne la rend capable de produire de l’électricité à une faible profondeur et dans des courants faibles à moyens (0.7 à 2.5 mètres par seconde) donc d’étendre l’exploitation des technologies hydroliennes vers de nouveaux territoires, là où les autres modèles ne sont pas efficaces.

Bonnes nouvelles en série pour Eel Energy

eel-energy-2En grandeur nature (16 mètres sur 16), l’hydrolienne pourrait générer jusqu’à 1 MW d’électricité. Mieux, les données acquises en bassin ont mis en évidence un effet de sillage suffisamment faible pour permettre une forte concentration de ces anguilles mécaniques dans un périmètre restreint. Sur un km², le potentiel de production d’une « ferme » d’hydroliennes équivaudrait à celui d’un réacteur nucléaire…
Pour sortir du conditionnel, il est désormais temps de passer du test en bassin à des essais grandeur nature, ce qui suppose un effort conséquent, sur le plan technique comme sur le plan financier. Et sur ce plan, les bonnes nouvelles se sont accumulées depuis l’été 2016 pour la société.

D’un point de vue technique, tous les verrous au développement d’un prototype grandeur nature ont été levés ces dernières années : structure, revêtement, articulation, conversion énergétique… D’ici deux ans, les progrès réalisés permettront le déploiement d’une hydrolienne en conditions réelles au large de l’Ecosse. Dans ce pays en pointe sur l’énergie hydrolienne, Eel Energy pourra tester son prototype en le raccordant directement au réseau électrique écossais.

Reste que le développement d’un tel prototype, qui demande trois ans de travail, suppose de convaincre les investisseurs. Là encore, pari tenu : après avoir enrichi son capital de 3 millions d’euros l’été dernier grâce à la participation du fabriquant français de chaudières Frisquet SA, Eel Energy vient d’obtenir mi-décembre un prêt de 3.7 millions d’euros de la Banque Publique d’Investissement (BPI) dans le cadre du Programme d’Investissement d’Avenir (PIA).

Un beau cadeau de Noël qui renforce la visibilité de l’entreprise et devrait développer encore l’intérêt pour ce qui pourrait bien constituer une véritable rupture technologique. Présentée lors de la COP21, l’anguille de Boulogne intéresse déjà l’Indonésie, les Philippines, le Chili ou le Congo. Non seulement il y a anguille sous roche, mais elle ne cesse de grandir.

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